Éditorial

EDITORIAL D’ESPACE ANALYTIQUE JUILLET 2015

 Nul ne peut douter aujourd’hui qu’une révolution soit à l’œuvre avec l’internet. Il s’agit d’une transformation profonde de l’espace public et privé de l’humanité qui, bien au delà de son aspect technique, affecte tous les modes de production du savoir, de son impression et de sa conservation. La volonté de ses inventeurs de donner à chacun de ses utilisateurs la liberté de se connecter à une multitude de correspondants et de diffuser les contenus les plus divers, en s’affranchissant des contraintes du passé, comme l’impression sur papier et l’édition, ont abouti à créer un nouveau rapport au savoir.
Comme toute science, la psychanalyse a depuis son origine, par la volonté de Sigmund Freud, cherché à se donner des moyens de diffusion du savoir qu’elle produisait, c’est-à-dire des moyens de mettre au travail ses hypothèses, de confronter ses découvertes aux recherches d’autres domaines et enfin des moyens pour aller à la rencontre de nouveaux publics.
Freud a travaillé pour cela avec plusieurs éditeurs.

 Mais la psychanalyse présente une spécificité dans son rapport à l’écrit qui fait d’elle une science à part. En effet son objet : l’inconscient n’est accessible que par la mise en œuvre d’un travail de déchiffrage et d’interprétation qui suppose de reconnaître que l’inconscient est l’objet d’un refoulement. Le texte du rêve lui-même, son contenu explicite, révèle le travail de censure auquel le discours inconscient, latent, a été soumis. Ainsi Freud a t-il mis au jour patiemment les mécanismes de cette censure, de telle sorte qu’après lui il n’est plus possible d’accorder un statut de vérité totale aux énoncés que le psychanalyste recueille de son analysant, la vérité du sujet, comme Lacan l’a formulé, ne pouvant que s’y mi-dire.

Il en résulte pour notre discipline un rapport à la production du savoir tout à fait singulier puisque tout écrit psychanalytique, qu’il soit de nature théorique ou clinique, ne peut ignorer qu’il vise un savoir autre, un savoir insu y compris dans sa propre production.
C’est pourquoi le savoir universitaire s’accommode si mal de notre corpus, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas nécessaire de diffuser ce savoir dans les universités, mais plutôt que certaines conditions doivent être respectées, du coté notamment de son énonciation. On pourrait sans doute trouver là, une des raisons pour laquelle Lacan se méfiait de toute forme de «poubellication» de son séminaire.
Cette mise en garde étant faite, il demeure absolument nécessaire de poursuivre non seulement la production d’écrits psychanalytiques, car notre champ demande une invention constante mais aussi de donner accès, pour tous les analystes et les lecteurs, aux recherches et aux travaux qui ont été produits depuis plus d’un siècle. Et cela d’autant plus que la libre diffusion sur internet de tous les savoirs favorise des élucubrations comme des imbécillités de toutes sortes concernant notre propre discipline.

 Il nous revient donc de penser des lieux de diffusion de nos travaux qui sachent se hisser à la hauteur de notre éthique de l’énonciation d’une part et qui sache tenir compte d’autre part des enjeux sociétaux et politiques que l’existence d’internet implique.
Notre association a pour cela mis en place plusieurs lieux de diffusion.
Les Salons de lecture qui se tiennent cinq fois par an ont pour vocation de présenter les dernières publications des membres d’Espace, car nous avons la chance d’avoir parmi nous des auteurs inventifs et de talent. De même, Un jour, une œuvre présente des auteurs dont les travaux ne sont pas nécessairement tous psychanalytiques.

 Nous allons maintenant développer notre site internet en tant que lieu de diffusion de la psychanalyse.
Nous possédons, en effet, une bibliothèque de très grande qualité grâce aux fonds de Françoise Dolto, de Maud et Octave Mannoni et plus récemment de Ginette Raimbault et d’autres analystes de notre association. Le catalogue des quelque cinq mille ouvrages que cela représente va être mis en ligne prochainement, afin que chacun d’entre nous puisse savoir ce qui s’y trouve et ainsi puisse les consulter ou les emprunter.
Dans un second temps, nous allons travailler sur nos archives propres et porter au public de notre association des éléments de l’histoire de la psychanalyse en France qui sont en notre possession.
Nous relèverons ainsi, à notre manière, l’enjeu moderne de la diffusion du savoir de notre discipline

Frédéric de Rivoyre

                        35831-Figures de la psy-16+

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